La Presse
Le vendredi 06 juillet 2007
Un membre de Fathers-4-Justice gagne son appel sans livrer la dernière manche
Les absents n'ont pas toujours tort. La preuve: Hermil Lebel, un membre de Fathers-4-Justice qui en appelait du jugement le condamnant pour harcèlement criminel envers son ex-conjointe, a remporté une victoire en Cour supérieure, hier, même si son avocat ne s'est pas présenté devant le tribunal pour plaider son point de vue.
Malgré l'absence des principaux intéressés - Lebel
n'était pas là non plus -, le juge Jean-Guy Boilard a trouvé que le
jugement verbal rendu par le juge de la Cour municipale Louis-Jacques
Léger, le 18 mai 2006, n'expliquait pas suffisamment les motifs de la
condamnation de M. Lebel. «Ce jugement est déficient au point de
devenir un déni de justice Les justiciables étaient en droit d'en
savoir un peu plus sur le cheminement intellectuel du juge lorsqu'il
déclare l'accusé coupable de tous les chefs d'accusation», a noté le
juge Boilard, qui s'est ensuite lancé dans une tirade sur les juges.
«Les
juges jouissent d'un statut social; même aujourd'hui on les tient en
haute estime; on leur sert même de l'Honorable. Ce sont des serviteurs
publics privilégiés. Ils ont une sécurité d'emploi, une sécurité de
traitement jusqu'à leur mort qui se transmet à leur conjointe, ils sont
très généreusement rétribués. L'obligation qui en découle est de faire
leur travail du mieux qu'ils le peuvent», a-t-il dit, avant d'ajouter:
«Je le dis avec beaucoup de déférence pour le juge de première
instance. Il vient un moment dans la carrière où s'installe un certain
désabusement à force d'entendre des choses pas toujours stimulantes
intellectuellement.»
Improvisation et rigueur
Le juge Boilard, qui a rendu sa décision verbalement,
a dit comprendre que tous n'ont pas une facilité d'improvisation. Mais
le juge de première instance se devait d'expliquer les motifs de la
condamnation, comme l'a enseigné la Cour suprême, a-t-il expliqué.
Ironiquement,
le manque d'étoffe du jugement final ne figurait pas parmi les motifs
d'appel invoqués par Lebel. Ce dernier soumettait plutôt que le juge
n'avait pas de preuve suffisante pour le déclarer coupable. Entre
autres choses, Lebel alléguait être dans son droit d'appeler chez son
ex, car un jugement de la Cour supérieure en matière de garde d'enfants
lui avait permis cela pour fixer les modalités de ses temps de garde.
Hier,
à la fin de la séance, le juge Boilard a fait valoir qu'il existait
malgré tout une preuve de la culpabilité de M. Lebel. Il a donc cassé
la condamnation et a ordonné un nouveau procès. Mais du même souffle,
il suggérait à la Couronne de renoncer à tenir ce nouveau procès,
compte tenu des circonstances particulières du dossier, notamment
l'acrimonie qui existe entre Lebel et son ex-conjointe.
Jointe à
son bureau en après-midi, hier, Me Suzanne Béchard, procureure de la
Couronne dans cette affaire, a indiqué qu'elle n'en appellerait pas de
la décision du juge Boilard. «C'est un jugement bien étoffé. Il y a peu
de chances en appel.» Quant à la suggestion du juge Boilard de ne pas
faire d'autre procès, elle a indiqué que toutes les avenues allaient
être évaluées.
La Presse a pu joindre Me Serge Morin,
l'avocat de Lebel, en après-midi hier. Il était surpris d'apprendre
qu'en plus d'avoir raté l'audience, il avait gagné un nouveau procès.
«Je pensais que l'audience était pour vendredi», a-t-il dit. Il ne
savait pas trop où joindre son client, qui est «peut-être en prison,
peut-être en cavale».